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Titre Nozamis les chiens

La vaccination et les maladies infectieuses du chien

La leishmaniose canine

La leishmaniose est une maladie parasitaire affectant notamment les canidés (dont le chien), provoquée par un organisme unicellulaire, un protozoaire du genre Leishmania (Leishmania infantum, en France).
Les vecteurs de la maladie sont des petits moustiques appelé phlébotome (en France, Phlébotomus perniciosus et P. papatasi). La répartition géographique de la maladie dépend donc de la présence de cet insecte piqueur. Observés dans de très nombreuses régions du globe, les phlébotomes et la leishmaniose sont particulièrement présents sur le pourtour méditerranéen ; pour l'Europe, toutes les régions du sud (Espagne, Italie, sud de la France...) sont concernées. En France, la principale zone d'enzootie est le grand sud-est où 32 départements étaient concernés en 2011, et elle tendrait à s'étendre ; des foyers localisés ont également été identifiés plus au nord, mais la plupart des cas rencontrés hors de la principale zone d'enzooties correspondent à des chiens qui avaient séjournés dans le sud .

Contamination

La contamination du chien intervient lors de la piqûre par une femelle phlébotome qui héberge le parasite. Ces derniers sont alors injectés et se retrouve initialement dans la peau ; ils sont alors phagocyté par des macrophages (globules blancs), mais pas détruits et commencent à se multiplier. ils sont ainsi disséminés à l'intérieure de ces macrophages dans l'organisme, dans un premier temps dans la moelle osseuse, les ganglions lymphatiques et la rate, puis dans de nombreux autres organes : foie, reins, pancréas, peau, tube digestif, yeux, etc.
Le temps d'incubation de la leishmaniose (durée séparant la contamination de l'apparition des symptômes) est de 3 mois à plusieurs années.

Signes cliniques et diagnostic

La leishmaniose canine est une maladie évolutive ; sa progression est lente, mais aboutit très souvent à la mort du chien, si aucun traitement n'est entrepris.
La dissémination du parasite impliquant de nombreux organes, les signes cliniques de la leishmaniose sont très variables et dépendent des organes lésés.
Les symptômes plus fréquents et les plus visibles sont :

  • les lésions cutanées, avec notamment des régions dépilées (alopécie), des squames (pellicules) qui apparaissent progressivement sur tous le corps, des ulcérations (truffe, coussinets, oreilles), des griffes anormalement longues, etc.

  • des troubles oculaires (kératoconjonctivite et uvéite bilatérales), se manifestant par un œil rouge et/ou des signes de douleur (œil fermé, larmoiement, chien qui frotte sa région oculaire).

  • un amaigrissement et une fonte musculaire, consécutifs à une baisse de l'appétit.

Les symptômes qui peuvent être observés occasionnellement sont notamment des diarrhées chroniques parfois avec présence de sang, des épistaxis (saignements de nez) qui peuvent être abondants, des boiteries, un chien qui boit plus que d'habitude, etc.
Les informations fournies par le propriétaire (séjours en région méditerranéenne, perte de poids, dégradation de l'état général, épistaxis,...) et l'examen clinique peuvent permettre au vétérinaire de suspecter la leishmaniose, mais sans certitude, car comme indiqué précédemment le tableau clinique de cette affection est très variable, et les symptômes ne sont pas spécifiques à cette maladie.
Le diagnostic de certitude nécessite donc de réaliser des examens complémentaires qui ont pour objectif de prouver la présence du parasite.
Ces examens peuvent notamment consister à :
  • essayer de visualiser le parasite au microscope sur des prélèvements par ponction de moelle osseuse, ou de ganglion lymphatique, ou d'un fragment de peau (lorsque des lésions cutanées sont présentes), car les Leishmania sont généralement en grand nombre dans ces organes.

  • rechercher à partir d'un échantillon de sang, la présence d'anticorps développés par les chiens parasités contre les Leishmania.

  • rechercher la présence d'ADN du parasite dans la moelle osseuse, les ganglions lymphatiques ou le sang, par une méthode d'examen appelée PCR.

Le praticien peut également proposer d'autres examens (analyses sanguines, analyse d'urine, ponction articulaire) qui lui permettront d'évaluer les répercussions de l'infestation et la gravité des lésions des organes internes (insuffisance rénale, insuffisance hépatique, atteintes articulaires,...).

 

Traitement de la leishmaniose

Plusieurs traitements antiparasitaires sont envisageables, mais il existe en particulier un produit vétérinaire à base d'antimoine (antimoniate de méglumine, GLUCANTIME®), qui permet de traiter spécifiquement la leishmaniose et qui procure généralement les meilleurs résultats. Toutefois, cet agent anti-leishmanien n'aboutit que rarement à une guérison avec élimination complète du parasite, mais permet fréquemment une réduction suffisante de l'infestation pour obtenir une régression et une rémission des symptômes ; cette amélioration ou disparition des symptômes n'est possible que si les lésions occasionnées par le parasite ne sont pas trop sévères et irréversibles.
Ce traitement spécifique doit souvent être accompagné, voire même précédé, d'un traitement symptomatique, déterminé au cas par cas, en fonction des signes cliniques présentés par le chien (par exemple traitement de l'insuffisance rénale, des lésions oculaires, etc.).
Il faut garder à l'esprit que la plupart des chiens traités restent porteurs du parasite : d'une part, ils constituent donc un réservoir du protozoaire et peuvent encore contribuer à sa dissémination, s'ils sont piqués par des phlébotomes. D'autre part, les Leishmania qui restent présentes dans l'organisme sont susceptibles de se multiplier à nouveau et les rechutes de la maladie nécessitant un nouveau traitement sont fréquentes.
Le traitement par le GLUCANTIME® peut être considéré comme lourd et contraignant, car il se fait uniquement par injection (sous-cutanée ou intramusculaire) pour une durée d'au moins 3 semaines, selon les résultats obtenus. En outre, il n'est pas dénué d'effets secondaires, avec notamment une toxicité potentielle pour le rein et le foie, qui peuvent nécessiter l'interruption du traitement ou contre-indiquer d'emblée son utilisation.

Prévention de la leishmaniose

Compte-tenu de la gravité de la maladie et de la difficulté à la traiter, il parait d'autant plus intéressant d'avoir recours à des mesures de prévention. Elles sont de 2 ordres : éviter que le chien soit piqué par des phlébotomes dans les régions à risque et empêcher le développement de la maladie en cas de piqûre par ces insectes porteurs du parasite.
Pour un chien qui ne vit pas dans la zone où la pression parasitaire est forte, la mesure de prévention la plus efficace est d'éviter toute exposition et donc de ne pas l'amener dans une région d'endémie.
Si le chien vit temporairement ou en permanence dans une telle région, il a été démontré que plusieurs produits vétérinaires antiparasitaires externes possèdent aussi une activité répulsive contre les phlébotomes et qu'ils réduisent ainsi significativement le risque de piqûre et de contamination par les Leishmania. Ces spécialités vétérinaires se présentent sous la forme de pipettes à administrer sur la peau (ADVANTIX®, PULVEX® Spot), dont les effets répulsifs annoncés durent respectivement de 2-3 semaines et 8 jours, ou d'un collier (SCALIBOR®) qui présente l'intérêt d'être efficace pendant plusieurs mois. Ces traitements préventifs ne peuvent toutefois garantir que le chien ne sera jamais piqué.
Depuis 2011, les vétérinaires ont à disposition le premier vaccin contre la leishmaniose (CANILEISH®). La primovaccination nécessite 3 injections à 3 semaines d'intervalle, puis les vaccinations de rappel sont annuelles. Son efficacité est bonne, mais n'est pas de 100 % et tous les chiens vaccinés ne sont donc pas protégés ; les études réalisées ont montré que lors d'expositions naturelles multiples dans une région où la pression parasitaire est forte, les chiens vaccinés avaient environ 4 fois moins de risque de développer une infection ou d'exprimer la maladie.

La leishmaniose est une maladie grave chez le chien, difficile à soigner, avec un traitement long et contraignant, de possibles effets secondaires importants et un risque de récidive élevé.
De plus, l'espèce rencontrée en France (Leishmania infantum), peut être transmise à l'homme et provoquer une leishmaniose de forme cutanée (la plus fréquente) ou viscérale (forme plus rare, mais grave, souvent consécutive à la précédente) ; la leishmaniose est donc une zoonose (maladie commune à une ou plusieurs espèces animales et à l'homme). La contamination intervient comme chez le chien par inoculation lors de la piqûre par un phlébotome porteur du parasite. La contamination ne peut avoir lieu par simple contact avec les chiens infestés, mais ceux-ci constituent donc un réservoir de L. infantum. La santé de nos compagnons canins, mais également des considérations de santé publique justifient d'utiliser au mieux les moyens de prévention disponibles (antiparasitaires répulsifs pour les phlébotomes et vaccin contre la leishmaniose canine).

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